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L’histoire pas drôle de quand j’ai voulu faire une IVG et que c’était une fausse couche

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- 10 novembre 2021

Cet article va aborder un sujet inhabituel ici et dont j'ai parlé à peu de monde (désolée aux proches à qui j'ai rien dit).

Récemment, j'ai voulu faire une IVG. Finalement, la grossesse s'était interrompue d'elle-même. 
Et je me suis retrouvée face à des informations très floues de la part du système médical et à un trou béant dans la forêt d’informations d’internet. Entre le moment où j'ai appris que j'étais enceinte et l'expulsion de l'embryon, j'ai du dealer avec la peur, la honte, la culpabilité, le dégoût de moi-même, la solitude, la douleur et autres petites réjouissances de ce style. Alors peut-être que de partager cette expérience (toute pas drôle qu’elle soit) pourra aider quelques personnes. Je vais raconter ici mon parcours, le moment de l'expulsion naturelle de l'embryon (puisque c'est sur ça que j'ai trouvé zéro info) et les conseils que j'aurais aimé avoir pour m'y préparer.

C’est un sujet qui peut toucher, alors je tente de garder un ton neutre et factuel pour que tu puisses y récupérer les info qui t’intéressent, mais quand même léger parce que c’est plus facile pour moi.
Et il y aura moins de métaphores que d’habitude donc ce sera plus cru, car je veux utiliser les bons mots clefs pour essaye de rendre cet article facilement trouvable.

Le topo :

Commençons en disant des trucs qu’on dit rarement, parce qu’il y a trop de tabous à la con derrière.
Le sexe est une activité que je trouve franchement sympathique. N’ayant pas une vie sexuelle et sentimentale super stable, j’utilise des préservatifs pour me protéger. Et un jour, suite à un raté, je me suis retrouvée enceinte (heureusement, j’ai appris ça alors que j’étais rentrée en France). Alors j’ai entamé une démarche pour faire une IVG, pour des raisons qui n’appartiennent qu’à moi. Finalement, la grossesse s’était arrêtée d’elle-même. Mais IVG ou grossesse interrompue, le résultat est le même : il faut expulser l’embryon. Moi, j’ai choisi de faire ça naturellement. Mais sans trop savoir ce que ça impliquait parce que personne ne m’a donné d’info très claire. Ni les sages femmes, ni les médecins des urgences, ni internet.

Les conseils que j’aurais voulu avoir :


J’ai l’impression qu’il y a toutes sortes de fausses couches. Je crois que moi, j’ai eu droit à une version « longue et intense mais sans complication ». 
Si ça peut épargner à certain.e.s d’être pris.e.s par surprise, comme je l’ai été, je laisse ici quelques conseils pratiques, purement personnels et absolument non médicaux.

Demander clairement et explicitement ce dont on a besoin aux personnes qui savent ce qui t’arrive et qui te soutiennent. Des câlins, des appels, des attentions, du silence, du soutient… n’importe quoi pour qui puisse te rassurer, te détendre, te faire oublier. Ne pas attendre que les autres devinent (surtout si les autres question appartiennent à la gente masculine et n’ont pas trop appris à voir et dealer avec les émotions. lolilol).
Se faire prescrire et acheter des antidouleurs. Puis lire les notices en avances. Pour savoir quoi prendre et comment, vois avec un pro. Moi j’y connais rien.
Acheter des serviettes jetables. Genre de nuit, absorption maximum. En garder une ou deux sur soit quand on sort, histoire d’avoir une marge pour rentrer à la maison, parce que l’expulsion peut arriver n’importe quand, n’importe où. (Moi avec mes conneries de zéro déchet, ma cup et ma culotte de règle, j’étais clairement sous-équipée. Heureusement qu’il y avait un vieux paquet de serviettes hygiéniques qui attendait son heure de puis 8 ans dans ma salle de bain).
Ne pas utiliser de protections périodiques internes : pas de tampon, pas de coupe menstruelle, rien. Ça peut être dangereux. Faut tout laisser sortir. (confirmé par ma sage femme et ma pote infirmière)
Télécharger une application de sophrologie (ou s’entrainer en avance à faire des exercices de respiration) pour s’aider à respirer calmement le moment venu dans la position yoga dite « de l’enfant » ou toute position que te semblera confortable. Histoire de pas crisper tout son corps et d’avoir plein de courbatures le lendemain, comme moi j’ai fait (petit génie que je suis).
Se préparer un stock de petites douceurs faciles à manger et réconfortantes.
• Préparer un coin au confort maximal (si possible pas trop loin des WC).
• Avoir une vieille serviette pour protéger son lit.
• Boire de la tisane de sauge.
• Manger dès que possible pendant ‘les événements’.
• Marcher un peu, ça fait descendre les trucs plus vite.
• Ne pas lésiner sur le confort : équipement confortable, vêtements confortables, positions confortables.
• Dire clairement ce qu’on veut pour aller mieux dans l’instant. Oui, je le répète !

Bien évidemment, je n’ai appliqué absolument AUCUN de ces conseils, à part la tisane et le confort. J’ai même fait tout l’inverse, parce que je ne savais pas ce qui m’attendait et ça m’aurait sûrement un peu aidée de tomber sur un article aussi peu glamour que celui-ci.
Si jamais ça peut t’apporter quelque chose, voici mon aventure un peu plus en détails :

Mon parcours :

 de l’IVG aux urgences obstétriques

PARTIE 1 : L’IVG

– J 1 : Le test de grossesse positif
Un retard de règles m’a mis la puce à l’oreille, mais en l’absence absolue de tout autre symptôme, je suis quand même un peu surprise.  Bref, je (on) ne veux(t) pas le garder. Il va falloir gérer ça vite, j’appelle donc mon généraliste : il me donne en urgence une ordonnance pour une prise de sang, une pour une échographie de datation et un RDV 5 jours plus tard (que j’annulerai le lendemain).
Ni une, ni deux, je vais faire la prise de sang qui annonce une grossesse de 5-6 semaines. Je prends RDV pour le lendemain chez une sage femme pour une échographie (oui, j’y connais rien moi en trucs de maternité et de médecins).

– J 2 : le RDV chez la sage femme qui n’était pas une échographie. Lol.
Elle me fait la première consultation du processus d’IVG et me booke un RDV pour un échographie 4 jours plus tard. Elle me fait aussi un frottis et me prescris une plâtrée de prises de sang pour un petit checkup IST.
Je suis tellement contente d’être allée chez une sage-femme plutôt que quelqu’un d’autre. Elle m’a accompagnée tout le long, jusqu’à après. Et je crois que ça m’a vraiment rassurée d’être suivi par une femme, surtout elle, qui est vraiment géniale et que je suis ravie d’avoir rencontrée. J’aimerais trop être son amie dans la vraie vie. (Cœur avec les doigts pour Marie !)

– J 3 – J 7 : l’assimilation de la nouvelle
Au début, prise dans le feu de l’action, j’ai pris tout ça plutôt calmement. Mais là, les pensées qui cogitent remplacent l’action. Plus les jours avancent plus je me sens mal psychologiquement. C’est pénible de voir des enfants partout et d’entendre toutes les histoires de meufs enceintes autour de moi (j’ai 31 ans, donc ça enfante sévère en ce moment). Je suis triste très souvent, je me sens seule (parce que j’ai gardé ça top secret. Ce qui n’est pas une bonne idée !), je pleure chaque nuit, j’ai hâte que ça se termine.
Je comprends à quel point l’IVG c’est dur mentalement, à quel point c’est un choix, un vrai. C’est pas une lubie, pas un caprice. Donc, au passage, dans mon seum, j’emmerde tous les connard.sse.s qui ont l’audace d’être contre l’IVG et qui veulent rajouter de la difficulté à quelque chose qui est déjà terriblement difficile.

– J 7 : l’échographie de datation
Je suis au bord des larmes quand j’arrive, j’ai peur de ce que ça va me faire mentalement. Elle me demande si je préfère que l’écran soit allumé ou éteint. Je préfère ne rien voir. D’ailleurs, les échographies c’est pas que comme dans les films avec le petit gel froid par dessus le ventre, ça peut aussi se faire par l’intérieur, si tu vois ce que je veux dire… Puis, finalement elle me dit qu’il n’y a pas d’activité cardiaque et que la grossesse est arrêtée.
Je ne saurais dire si c’est à proprement parler une « bonne nouvelle », mais ça me soulage. Beaucoup. Ce n’est plus ma décision, c’est la vie, c’est comme ça. Mais ça change mon affaire car il ne s’agit plus d’une IVG, il faut donc aller régler ça à l’hôpital.

PARTIE 2 : L’ERRANCE DE LA GROSSESSE INTERROMPUE

– J 8 : les urgence obstétriques de Sainte Musse
Petit message aux urgences : Moi ça allait. Mais attendre 4h au milieu de femmes super enceintes quand tu fais une fausse couche, si c’était une grossesse désirée, je pense que c’est pas très très cool.
Échographie depuis l’extérieur, depuis l’intérieur. J’avais jamais reçu autant de visites d’autant de monde en si peu de temps dis-donc ! On décrète que l’embryon est trop petit pour savoir s’il y a activité cardiaque ou pas, et on décide de rien faire et me laisser comme ça. (Malgré les dires de l’échographie précédente et les prises de sang qui montrent que ma quantité d’hormones HCG a baissé. Pour leur défense, j’avais oublié l’échographie de la veille comme une naze, mais je pensais pas que la leur allait dire un truc différent.)
On m’invite donc à revenir une semaine plus tard pour voir si la grossesse et bien interrompue et envisager les « différentes options » à ce moment là (???).
 J’attends donc une semaine avec un embryon mort-mais-c’est-pas-sûr, dans le ventre sans vraiment savoir ce qui m’attend. Mais je positive : au moins, je n’ai toujours aucun symptômes de quoi que ce soit.

– J-15 : le retour aux urgences.
J’ai des genres de mini-règles depuis 2 jours. On me fait encore une échographie et on me dit que l’embryon commence à se diriger vers la sortie et  que ça peut prendre « un peu de temps » pour qu’il sorte seul (et démerdez-vous avec cette info !)
.
Pour évacuer l’embryon (puisqu’il va bien falloir), 3 choix s’offrent à moi :
attendre que la nature fasse son œuvre. Ça peut prendre un certain temps, ça peut faire mal, me dit-on.
la pilule qui déclenche les contractions et l’évacuation comme pour l’IVG. Ça a l’air douloureux, mais on moins on sait quand ça arrive.
l’aspiration qui implique une anesthésie locale.
Sur les conseils du gars des urgences, je choisis la méthode naturelle car je n’ai toujours aucune douleurs, aucune difficultés de quoi que ce soit et puis l’embryon n’a que 5 semaines, il doit pas y avoir grand chose à évcauer. De toute façon, j’imagine que ça a déjà commencé, que je vais avoir 3 semaines de genre de règles, parfois elles seront douloureuses et que ce sera réglé.
On me donne une ordonnance avec des anti-douleurs, « au cas où ».

Je ne vais vraiment pas souvent chez le docteur, ni à l’hôpital, ni rien et je n’ai pas l’habitude de tout ce qui est examen médical. Je sais pas si c’est malin, mais je suis ce genre de personne qui tente de se soigner seule avec des plantes et qui attend d’être au bord de crever pour prendre des médicaments ou aller consulter.
Bref, toutes ces analyses, tous ces numéros, toutes ces intrusions dans mon corps… ça me dégoûte de moi. Tou.te.s sont toujours très gentil.le.s et doux.ces avec moi, à chaque intervention. Mais j’ai l’impression d’avoir une partie de mon corps complètement déshumanisée, l’impression que je vais être dégoûtée de mon corps et de la sexualité pour toujours (spoiler alerte : ça va aller). J’ai  beaucoup de mal avec ça et je me sens très seule face à ça et j’ai pas osé demandé ce dont j’aurais eu besoin pour m’aider. Pourtant c’était juste du réconfort, quoi. Pas un truc très haut sur l’échelle de l’illégalité.

PARTIE 3 : L’EXORCISTE (ou expulsion naturelle de l’embryon). Ça va parler de sang et de douleurs. Âmes sensibles, s’abstenir.

J-22 :
Je me réveille à 3h du matin avec des douleurs ATROCES en bas du ventre, et je commence à perdre du sang. Malgré ce réveil un peu turbulent, mon incroyable lucidité me laisse entendre que c’est certainement le vrai début de l’évacuation de l’embryon et de la muqueuse utérine qui va avec.

C’est ce moment là que je redoutais, sur lequel il n’y avait aucune info et dont personne ne me parlait.
Je crois que je n’ai jamais eu aussi mal, des douleurs qui viennent par vagues en bas du ventre et qui crispent tous le corps (on m’a dit que c’est ça des contractions, mais j’en suis pas sûre). Je perds beaucoup de sang, très rouge (je te dis ça, parce que maintenant je sais que c’est signe que c’est normal.).  Mais, je ne me sens pas en danger, je sens que c’est un mauvais moment à passer, que j’aurais du m’y attendre et que ça va aller.
J’alterne entre le douillet de mon lit et le pratique des WC.  J’essaye d’aller régulièrement aux toilettes, car j’ai l’impression que c’est quand je suis debout ou assise que la muqueuse s’évacue, sous forme de gros morceau dégueux, (Miam miam) et que c’est justement ça que mon corps veut expulser. J’ai chaud, froid, mal. La douleur est intense et le bien-être est tout aussi intense pendant les cours moments où elle part. Ça dure pendant 5h et c’est atroce.

Vers 8h, ça se calme. Les saignements continuent mais sont moins abondants. Ça fait moins mal et moins souvent, mais pas assez pour que je puisse vraiment sortir, bien manger ou bien dormir. J’en profite pour regarder un peu des séries, appeler un ami, travailler (dessiner quoi) depuis mon lit pour me distraire des douleurs. À 16h, j’appelle une sage femme (la mienne est en congés 🙁 ) pour savoir si c’est normal, et quand ça va finir . Elle me pose des questions, n’a pas l’air de s’inquiéter et me dit de la recontacter si demain soir c’est toujours pareil.
Vers 17h, les douleurs et les saignement reviennent exactement comme au début. Le sang, les muqueuses, les douleurs, tout reprend de plus belle. (Il devait avoir une installation tout confort cet embryon.) C’est encore pire que ce matin, car je suis fatiguée physiquement et mentalement.
Je survie seule comme ça, à renfort de biscuits, de tisane et du riz de la veille, jusqu’à 18h. Je sors alors de mon secret et explique la situation à mère. À 21h ma pote infirmière arrive, elle me fait faire de la sophrologie, me calme, me force à manger, me donne des médocs. Les douleurs partent. Je crois que je suis un peu défoncée. Elle me force à passer un appel que je ne voulais pas faire pour « pas déranger » et qui me fait beaucoup de bien . Je m’endors comme sur un nuage. Le lendemain c’était terminé.

PARTIE 4 : ÉPILOGUE

Le lendemain, tout va bien. Évidemment, j’ai perdu pas mal de sang (et 2kl !) alors je suis pas d’un grand dynamisme. Je suis fatiguée et m’essouffle vite. Alors je reste au calme et sans alcool pendant quelques jours.
Après la fausse couche, il faut faire une échographie de vacuité, pour vérifier que tout a bien été évacué. J’ai donc pris ce rendez-vous pour l’échographie pour 2 semaine après l’évacuation. Et je reprends un rendez-vous avec la sage femme pour voir faire un point et être sûre que tout va bien. Elle me prescris une prise de sang pour voir si toute cette affaire ne m’aurait pas généré des carences en fer ou ce genre de trucs et bien vérifier que mes hormones HCG sont en voie disparition.
En effet, j’ai des carences, mais c’est franchement pas la cata me dit la sage-femme.

Je pensais que mon cycle allait être perturbé, mais j’ai l’impression que ça va. Mes règles sont revenues 1 mois après et maintenant tout va bien.

 

J’ai eu de la chance dans tout ça, car cet embryon, c’était juste une erreur de manip, très loin d’être une expérience traumatisante. Je n’avais rien dit, mais je sais que je suis entourée de personnes bienveillantes. Et surtout, je n’ai ni eu à affronter le processus de l’IVG jusqu’au bout, ni à faire le deuil d’une grossesse désirée. Mais j’ai pu apercevoir à quel point les deux sont des moments difficiles à vivre.
Alors si tu vis quelque chose comme ça en ce moment, je t’envoie plein de courage et d’amour. Tu es fort.e. C’est un mauvais moment. Juste un moment. Après, ça va aller.

Puis il y a les sages femmes qui luttent contre la pénurie de maternités et pour une revalorisation de leurs salaires, à la hauteur de leurs responsabilités. Il y a une pétition à signer ici.

Vraiment, je savais pas quoi mettre comme image, alors je me suis dis qu’un câlin c’était bien : Photo by Anna Shvets from Pexels

 

Auteur.e : Laura

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